Dimanche 31 janvier 2016 — Dernier ajout mercredi 10 février 2016

Solidaires des agriculteurs Enregistrer au format PDF

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Il faudrait être sans cœur pour ne pas s’émouvoir devant la profonde détresse que manifestent tes agriculteurs depuis si longtemps. Qu’on y songe : travailler dur chaque jour et, pourtant, à la fin du mois, ne pas être en mesure de rembourser l’emprunt contracté avec l’espoir de s’en sortir en produisant plus et mieux. Arriver en fin de mois et se sentir plus appauvri, plus démuni pour élever ses enfants, pour leur donner l’optimisme nécessaire à l’entrée dans la vie. Au lieu de cela, leur montrer l’inanité de leurs efforts et ainsi voir monter chez eux et dans toute la famille le doute sur le métier et son avenir. Du coup, ils sont en proie a une interrogation existentielle : qu’allons-nous devenir demain ? Où aller ? Pour quoi faire ? Vers qui se tourner ? Ne recevoir aucune réponse de nulle part, sinon le silence qui les plonge dans la solitude et le marasme.

Sans parler de la frustration permanente de ne pouvoir accéder normalement a cette société de consommation qui nous sollicite et nous tente de toutes les manières, ce qui crée le sentiment d’être oublié, rejeté, méprise. Est-ce une description exagérée du malheur paysan ? Non car il existe bien, au point que même le suicide se fait présent dans les campagnes…

Voilà où nous en sommes. Jusqu’à présent-, rien ne vient éclairer l’horizon. Où est la solidarité de la nation vis-à-vis de ceux qui la nourrissent ?

Les consommateurs ne pensent qu’au prix, espérant payer le moins possible et avoir davantage.

Pour une stratégie d’avenir

les agriculteurs ne demandent pas l’aumône mais simplement, comme chaque citoyen, une rémunération de leur travail au juste prix. Il n’est pas normal de ne pas y parvenir, en particulier pour ces productions essentielles à la vie - notre nourriture - et alors même que la question de l’alimentation se pose en tant de lieux de notre planète. Ces métiers indispensables devraient au contraire être honorés comme il convient au lieu de les laisser dans l’impasse comme si nous étions impuissants.

Aujourd’hui, devant ce désarroi général de la profession et l’incapacité des gouvernements, des organisations professionnelles à proposer des solutions d’envergure, le reste de la population ne peut plus, ne doit plus rester indifférent et passif. Mais il importe de ne pas l’exaspérer par des blocages routiers paralysants.

Chacun doit s’interroger : la profession, bien sûr, qui n’est pas sans porter une certaine responsabilité ; les producteurs eux-mêmes, qui agissent parfois en ordre dispersé au lieu de se rassembler pour être plus efficaces ; le gouvernement, qui ne pourra se contenter de disperser les manifestants après avoir distribué quelques maigres et insuffisantes subventions ; l’Union européenne, qui doit faire face a cette crise malgré les autres urgences auxquelles elle est confrontée. il faut une stratégie d’ensemble et d’avenir.

Le président de la Région Bretagne, Jean-Yves Le Drian, veut lancer un programme basé sur ses atouts et parle de plan stratégique adossé aux fonds européens [1] . ll propose un plan de reconversion professionnelle pour ceux qui devraient quitter ce métier. Est-ce que cela signifie qu’enfin sera arrêtée cette véritable stratégie d’avenir, indispensable pour préciser les perspectives et rendre confiance aux travailleurs de cette profession menacée ? Mais, outre cela, chaque citoyen devrait aussi s’interroger sur ce qu’il pourrait faire, sur son comportement d’achat, se demander comment, à sa place, il peut agir si peu que ce soit pour mettre en œuvre sa propre solidarité.

François Régis-Hutin

Éditorial Ouest France du 30 janvier 2016

Pour que les agriculteurs puissent vivre et travailler dignement au pays

Depuis le 20 janvier, les agriculteurs mènent des actions de blocage sur les routes en France. Initiées dans les Côtes d’Armor, ces manifestations expriment des désarrois profonds, liés à l’absence de perspectives d’avenir, aux détresses humaines isolement, précarité, désespoir) qu’engendrent les dettes et la perte de sens d’un métier pourtant indispensable à la société.

Nous, MRJC 22, CMR 22 - mouvements acteurs du monde rural - et CCFD-Terre Solidaire 22 comprenons cette colère de producteurs pris en étau entre l’injonction à produire dans un système économique qui reste basé sur les volumes avec peu de valeur ajoutée, des intermédiaires dominants et les attentes de citoyens-consommateurs majoritairement éloignés des réalités agricoles. La répétition de ces événements et leur extension à diverses filières de production montrent que la crise n’est pas (ou plus) conjoncturelle. C’est donc un modèle de développement agricole, et plus largement rural, qu’il faut changer ! Nos mouvements soutiennent une agriculture locale, soucieuse de l’Homme, de son environnement et des territoires, en solidarité avec les paysans du Sud. En conséquence, nous partageons certaines revendications actuelles des agriculteurs.

  • Au sujet de la répartition de la valeur ajoutée et donc de la rémunération des agriculteurs : nous défendons l’équité et remettons en cause le peu de poids laissé aux agriculteurs dans les décisions de leurs coopératives, ou face aux transformateurs et distributeurs.
  • Au sujet des régulations de marchés : soucieux de ne pas laisser les intérêts d’un petit nombre primer sur le bien commun, nous souhaitons une régulation des marchés. Nous ne pouvons soutenir un modèle agricole basé uniquement sur une logique d’exportation de nos produits, car il contribue à la déstabilisation des agricultures là-bas, et il rend les agriculteurs d’ici tributaires d’une conjoncture trop fluctuante pour assurer un revenu durable.
  • Au sujet d’une harmonisation des normes écologiques et sociales au niveau européen : dans le cadre d’un développement équitable entre les peuples pour une véritable souveraineté alimentaire, nous portons le projet d’une harmonisation de ces normes à un niveau international… à condition que cela se fasse par le haut et non par la course au moins disant social et écologique comme cela se produit actuellement.
  • Au sujet de l’origine des produits qu’ils soient frais ou transformés : dans le cadre d’une agriculture durable pour l’ensemble de l’humanité et son environnement, nous défendons la consommation de produits locaux issus d’une agriculture s’appuyant au maximum sur les ressources locales, tant humaines qu’environnementales, dans une logique de durabilité sur l’ensemble de planète. Ainsi, nous ne pouvons soutenir un modèle bâti sur l’importationde soja pour nourrir les animaux français, qui détruit les agricultures et le tissu social rural ici et là-bas tout en amplifiant les dérèglements climatiques.

Nous, mouvements acteurs du monde rural, continuerons à apporter notre soutien à une agriculture locale par des actions concrètes sur le terrain : alimentation locale dans nos séjours éducatifs et nos activités de formation, formations et animations concernant l’alimentation et l’installation, interventions dans les établissements de formation agricoles, sensibilisation des élus en responsabilités de l’alimentation, de la santé et de l’équilibre social sur leurs territoires et sensibilisation des consommateurs. Nous, mouvements acteurs du monde rural, souhaitons, à l’instar de ce qui s’est fait dans les années 1960, une remise à plat de la politique agricole en France afin de redéfinir son modèle de développement. Nous appelons donc les responsables politiques nationaux à l’organisation d’états généraux de l’agriculture définissant un modèle de développement durable pour l’humanité et son environnement permettant aux producteurs de vivre dignement !

Contact : MRJC 22 – tregorgoelo chez mrjc.org / CMR 22 – gl-cmr22-secretaire chez orange.fr / CCFD-TS 22 - ccfd22 chez ccfd.asso.fr

[1Ouest France du 28/01/2016