Lundi 7 septembre 2015 — Dernier ajout mercredi 9 septembre 2015

Mobilisation civile contre le « crime climatique » - 1/3 Enregistrer au format PDF

Sortir de l’âge des fossiles
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Plusieurs mobilisations de la société civile entendent peser sur les prochains travaux de de la 21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), qui s’ouvrira le 30 novembre prochain, au Bourget, près de Paris. Les cent premiers signataires d’un appel mondial «  pour en finir avec les crimes climatiques » et du livre Crime climatique Stop ! comptent de nombreuses personnalités internationales.

La Croix du 4 septembre publie trois auteurs et nous avons trouvé intéressant de vous faire partager leur contribution.

Sortir de l’âge des fossiles

A 100 jours de la Conférence climatique de Paris, dite « COP21 », les dirigeants du monde semblent ne pas pouvoir ou vouloir arrêter la machine à réchauffer « sœur notre mère la Terre » selon le beau mot de François d’Assise. Alors que les émissions annuelles de gaz à effet de serre (+ 60 % depuis 1990) progressent à la vitesse d’une tempête, les négociations, elles,« avancent à une vitesse d’escargot » selon Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies.

Les conséquences de l’emballement climatique se font pourtant chaque jour plus palpables. Par l’acidification des océans, par l’appauvrissement du tissu vivant, par la baisse des récoltes, des pêches et des réserves d’eau, par la submersion des îles et des côtes, par la recrudescence des tempêtes et des ouragans, le dérèglement climatique violente l’ensemble des êtres vivants, des écosystèmes et des sociétés. Comme Condorcet ou l’abbé Raynal surent le faire à propos de l’esclavage, osons donc l’affirmer : les émissions incontrôlées de gaz à effet de serre méritent la qualification de « crimes  ». Aujourd’hui, chaque seconde voit un réfugié climatique de plus et l’ONU prévoit leur quintuplement jusqu’à 250 millions par an en 2050. Les plus durement frappées sont les populations pauvres, alors qu’elles sont les moins responsables. Et pour les scientifiques, la tendance actuelle nous conduit tout droit vers un chaos climatique généralisé doublé d’un effondrement écologique, économique et social global, une régression comme l’humanité n’en a pas connu depuis plusieurs siècles.

Pourtant, les « contributions » actuellement déposées par les États sur la table des négociations climatiques, outre qu’elles sont de simples promesses non contraignantes, nous emmènent allègrement au-dessus de + 3°, c’est-à-dire bien au-dessus du seuil de + 2° à ne pas dépasser d’ici à la fin du siècle. Faute d’oser envisager de faire porter la régulation internationale non pas seulement en bout de cheminée sur les gaz à effet de serre mais aussi à la source , c’est-à-dire sur l’extraction des combustibles fossiles (comme cela se pratique pour l’uranium, la cocaïne ou l’ivoire), nos gouvernants nous conduisent donc tout droit vers un monde traversé de centaines de millions de migrants climatiques, de tensions géopolitiques et d’inégalités socio-environnementales.

Après les crimes esclavagistes, coloniaux et totalitaires des siècles passés, l’humanité – en même temps que l’idée de la valeur intangible de la vie humaine – se trouve donc de nouveau menacée dans son existence même. Dès lors, réduire notre empreinte carbone n’est pas une simple question environnementale ! À l’heure de l’Anthropocène – ce nouvel âge géologique dans lequel notre modèle de développement basé sur les énergies fossiles a fait entrer la Terre – c’est « le plus grand chantier de défense des droits humains de notre époque »  [1]

Est-ce par des engagements volontaires d’États pris dans une guerre économique effrénée que l’on avancera ? Par une monétisation et privatisation de l’atmosphère, des sols et des forêts confiant l’avenir climatique à la main invisible d’un marché du carbone ?

Ou bien ne faut-il pas surtout donner le premier rôle, comme dans la victoire contre l’esclavage, à l’insurrection des victimes, au sursaut moral de ceux qui ne veulent plus être complices, et à la restauration de la capacité politique d’interdire et de punir les actes criminels ?

Christophe Bonneuil, historien [2]

[1Mgr Desmond Tutu, préface à Crime climatique Stop !

[2Historien au CNRS, co-auteur de L’Événement Anthropocène (Seuil, 2013) et co-initiateur de l’ouvrage collectif Crime climatique Stop ! L’appel de la société civile (Seuil, 27 août 2015)