Mardi 28 avril 2015 — Dernier ajout mardi 1er décembre 2015

Le geste de paix Enregistrer au format PDF

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Un geste

Le geste de paix est la conséquence immédiate de la prière qui l’a précédé. Grâce au Christ, nous sommes les fils d’un même Père, membres d’une fraternité fondée sur le Frère Aîné. Voilà le fondement théologique de ce geste. L’œuvre du Christ est une œuvre de paix qui s’inaugure à Noël (« Gloire à Dieu et paix aux hommes »), se poursuit dans la Passion (« Je vous laisse la paix »), et s’inscrit dans la Résurrection (« La paix soit avec vous »). La paix du Christ englobe tout le Mystère Pascal et le geste qui nous rappelle la nécessité de mettre en œuvre, dans nos vies et dans l’humanité, la Pâque du Christ que nous célébrons.

Un geste à poser

Il ne s’agit ni de saluer ses voisins ni de saluer l’assemblée. Il s’agit de se transmettre le Christ, notre paix, et le geste de paix préfigure la communion eucharistique. De ce fait, il convient de dire, dans l’invitatoire : « Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix » et non pas « Donnez-vous un geste de paix » car ce n’est pas le geste qui est en jeu mais la source du geste, le Christ, Prince de la Paix, modèle de charité.

On posera un geste qui ne soit ni banal, ni habituel, par exemple se prendre les deux mains, et accompagner le geste des paroles qui en rappellent le sens : « La paix du Christ ».

Un geste qui s’origine à l’autel

Reçue du Christ qui préside à l’assemblée c’est de l’autel que part la paix. Nos manières de faire ont souvent nui à la perception de cette origine. Il serait possible de mieux la manifester. Le prêtre et le diacre donnent la paix à quelques personnes qui, ensuite seulement, transmettent la paix à leurs proches voisins, ainsi de suite. Le geste, partant de l’autel, se transmet alors comme une traînée de poudre. Cela éviterait sans doute que ce moment, certes sympathique de nos célébrations, ne se transforme en une joyeuse kermesse qui ne favorise pas la préparation à la communion.

Un geste de vérité

Pour que ce geste soit vrai, habité par le désir intérieur de construire la paix, il faut veiller à ce qu’il ne devienne pas routinier. La Présentation Générale du Missel rappelle que le prêtre ou le diacre invitent à la paix « si cela est opportun » (N° 154). Le geste de paix peut retrouver une grande portée à condition que son usage permanent ne le banalise pas. On en usera donc avec justesse et modération.

Ce geste exige aussi de faire la vérité sur nos relations quotidiennes de fraternité et de justice. Comment pouvons-nous êtres corps du Christ si, d’abord, nous ne sommes pas corps fraternel ? Enfin, ce geste nous rappelle que la paix n’est pas encore arrivée en ce monde. La paix que nous nous donnons préfigure la paix à venir, celle que nous avons à construire. Nous échangeons, dans ce geste, ce que nous sommes appelés à devenir : des artisans de paix.

Faut-il chanter en se donnant la paix ?

On a parfois pris l’habitude de chanter pendant le geste de paix. Un chant est inutile, et risque d’altérer le sens du geste en détournant l’attention de l’essentiel : le geste lui-même et les paroles qui l’accompagnent. De plus, les chants retenus centrent souvent la paix sur nous. La paix, ce n’est pas moi, toi ou nous ; la paix ce n’est pas seulement un don de Jésus ; la paix, c’est Jésus lui-même. Par contre quand, à la fin de la messe, nous sommes envoyés dans la paix, nous pouvons chanter ce que nous sommes invités à devenir : visages de la Paix du Christ pour le monde.

Si nous apprenons à faire le geste de paix en vérité, alors, dans la charité du Christ, nous nous donnerons vraiment la paix.

Serge Kerrien, diacre permanent