Dimanche 5 avril 2015 — Dernier ajout mercredi 15 avril 2015

L’inouï de Pâques Enregistrer au format PDF

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La récurrence annuelle de la fête de Pâques risque de nous faire oublier l’inouï qui s’y attache. Qu’elle soit placée au début du printemps évoque le retour de la vie après la mort apparente du monde végétal, la fin d’un long hiver, le réveil de la sève dans les troncs endormis. Mais l’image est encore trop cyclique. Pâques est l’événement par excellence, le moment singulier, unique en son genre, qui n’avait jamais eu lieu et qui n’aura jamais lieu de cette façon. Il y a un avant et un après. Comme les disciples l’ont expérimenté, rien désormais ne sera plus comme avant.

Mais que s’est-il passé ? Nous avons un mot en français : résurrection. Mais ne faisons pas comme si nous savions d’emblée ce que ce mot signifie. « Aucun mot n’est à même d’exprimer adéquatement ce qui dépasse les mots » (Adolphe Gesché). Pour dire cette nouveauté, la langue biblique est en apparence très pauvre. Le français « ressusciter » traduit deux mots grecs qui signifient ordinairement « se relever » ou « se réveiller ». L’inouï se logerait-il dans le quotidien ?

Peut-être y a-t-il là une invitation à voir les choses (le monde et les personnes) autrement. Spontanément, par le jeu des comparaisons, notre regard ramène l’inconnu au connu. En Jésus ressuscité, Marie-Madeleine croit voir le jardinier. C’est ainsi que le monde nous (re)devient familier. Chaque chose retrouve sa place. La répétition des choses a quelque chose de rassurant, de tranquillisant. Jusqu’à ce qu’un choc nous réveille.

Ce choc – étonnement, surprise, effroi (celui des disciples au Cénacle) – est l’occasion d’une révélation. Ce qui était invisible devient visible («  Dieu était là, et je ne le savais pas  », dit Jacob se réveillant de son sommeil ; Genèse 28,16). Ce qui était dissimulé sous l’apparence de l’ordinaire se révèle à nous comme ce qui sort de l’ordinaire. Ce n’est pas de nous-mêmes que nous y accédons. Il faut une rencontre et une parole adressée, une interpellation. Ce qui semblait mort peut alors revivre.

François Euvé, jésuite, Théologien, physicien Directeur de la revue Études

Voir en ligne : Terre Nouvelle