Dimanche 8 mars 2015 — Dernier ajout jeudi 12 mars 2015

Chrétiens et écologie (3/6) Enregistrer au format PDF

Une crise morale et spirituelle
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Le changement climatique est le signe d’un changement d’époque qui appelle des décisions rapides et courageuses soutenues par une conception du bien de toute l’humanité. La raison profonde de la crise écologique est à chercher dans l’arrogance du cœur de l’homme et dans son éloignement de Dieu.

Une crise morale et spirituelle

La crise écologique résulte d’une multiplicité de facteurs techniques, économiques, politiques qui s’entremêlent. Mais les diverses confessions chrétiennes invitent à remonter plus haut dans l’échelle causale : les causes véritables de la crise sont à chercher dans les pensées et les croyances qui habitent le cœur de l’homme. « Il y a ainsi l’illusion que l’être humain peut façonner le monde à sa guise, l’arrogance qui surestime le rôle de l’être humain par rapport à la totalité de la vie, une idéologie de la croissance constante, sans référence à des valeurs éthiques, (…) la conviction que le monde créé a été mis entre nos mains pour que nous l’exploitions, (…) et enfin la confiance aveugle dans de nouvelles découvertes qui résoudraient les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent, et les risques que nous faisons courir », lit-on au paragraphe 19 du document final du rassemblement œcuménique de Bâle de 1989.

En d’autres termes, la crise écologique est d’abord une crise morale et spirituelle qui se traduit dans la manière qu’a l’homme de comprendre et d’appréhender le monde qu’il habite. Elle ne fait que mettre au jour un déséquilibre de notre rapport au cosmos. Si notre environnement est abîmé, voire détruit, si des espèces animales et végétales disparaissent, ce n’est pas seulement la conséquence de notre mode de vie et du développement économique, mais aussi le résultat de notre conception – désacralisée – de la nature et de l’être humain :  « La pollution ou la destruction de l’environnement sont le résultat d’une vision réductrice et antinaturelle qui dénote parfois un véritable mépris de l’homme  » , écrivait Jean-Paul II dans son message de la paix du 1er janvier 1990.

« Nous vivons aujourd’hui les conséquences tragiques de ce formidable réductionnisme du réel depuis quatre siècles : réduction de l’invisible au visible, du visible au matériel, du matériel à l’économique ! D’où des ruptures en chaîne de communion et d’équilibre entre le cosmique, l’humain et le divin. D’où également une réification, une manipulation et une marchandisation croissante de la nature, considérée avant tout comme un “environnement”, un “décor”, un stock de ressources et de gènes à disposition des humains pour la satisfaction de leurs désirs illimités et exacerbés par la machine économique » , explique Michel Maxime Egger, théologien orthodoxe [1].

Plus fondamentalement encore, la crise écologique est la conséquence de notre éloignement de Dieu.  « La vérité est que, lorsqu’on s’éloigne des plans de Dieu pour la Création, l’attention pour les frères et sœurs, et le respect de la nature disparaissent très souvent  » , observait Jean-Paul II dans son message pour la Journée mondiale du tourisme du 24 juin 2002.

Reprenant un thème qu’il avait déjà développé dans son encyclique Caritas in veritate , Benoît XVI, son successeur, dénonçait dans son message pour la journée de la paix 2010 « une mentalité courante égoïste et matérialiste, oublieuse des limites inhérentes à toute créature. (…) La négation de Dieu défigure la liberté de la personne humaine, mais dévaste aussi la création. La sauvegarde de la création ne répond pas principalement à une exigence esthétique, mais bien davantage à une exigence morale, car la nature exprime un dessein d’amour et de vérité qui nous précède et qui vient de Dieu. »

Si ce diagnostic sur les causes de la crise écologique est juste, alors il faut en tirer les conséquences. Les réponses techniques, économiques et politiques sont nécessaires mais elles seront inefficaces sans un changement, sans une conversion, dans nos manières d’envisager le monde et de l’habiter.

Dominique Grenier

(à suivre)

Source : La Croix, 7 mars 2015.

[1« La création, lieu des énergies divines » , in Dominique Bourg et Philippe Roche (Éd.), Crise écologique, crise des valeurs ? Défis pour l’anthropologie et la spiritualité , Labor et Fides, 2010, p. 79.