Jeudi 29 octobre 2015

Ce n’est qu’un Au Revoir - Abbé François Gibet Enregistrer au format PDF

0 vote

« Aimez-vous les uns les autres, Écoutez mes paroles et vous vivrez, dit Jésus ».

Abbé François Gibet - mot d’accueil des obsèques, le 12 octobre 2015

Le 26 septembre, à l’hôpital de Saint-Brieuc, avant de recevoir le sacrement des malades, notre ami François a demandé de lire cette magnifique prière du Père Teilhard de Chardin , ce savant paléontologie, jésuite, mort à New-York, le jour de Pâques, comme il « l’avait souhaité en 1955. «  Ces heures sombres  » qu’évoque le Père Teilhard, François, en a connu lui aussi depuis ce soir du 4 août 2000, au presbytère d’Erquy, où il connut un AVC. C’était donc il y a 15 ans et avec les meilleurs soins médicaux et paramédicaux, mais aussi avec la présence nécessaire et attentive, à ses côtés, de Madeleine, il lui a fallu mobiliser toutes ses forces pour tenter de réapprendre à marcher, à écrire de la main gauche.

François est né à Hénon, au Bas Guerland, dans une famille d’agriculteurs.

Très bon élève, il ira à Quintin, au Petit Séminaire, aujourd’hui, le lycée Jean XXIII. Puis, ce fut le Grand Séminaire de Saint-Brieuc. Ordonné prêtre en 1953, il est nommé professeur à l’école Saint-Pierre de Plouha. Il reviendra à Saint-Brieuc à Notre-Dame d’Espérance comme aumônier diocésain de la J.A.C (Jeunesse Agricole Catholique) d’abord, puis du C.M.R.(Chrétiens du Monde Rural). Ce furent des années très importantes pour lui qui lui valurent de parcourir toute la partie rurale de notre département. Combien de jeunes, combien d’adultes, de foyers du monde rural, François a-t-il rencontrés ? Beaucoup sont devenus ses amis, parce qu’ils avaient vite compris que François était un homme vrai, ne cherchant que leur bonheur, en les aidant à projeter sur leur vie de travail, de parents, « la Lumière de l’Évangile ».

L’Évangile, la Bonne Nouvelle, la Joie de l’Évangile, comme se plait à dire notre Pape, fut certainement le livre de chevet de notre ami François, qui le lisait et relisait avec des amis prêtres, à l’exemple d’un prêtre lyonnais, le Père Chevrier du Prado, l’ami très proche des pauvres, converti qu’il fut une certaine nuit de Noël 1856, en méditant le Mystère, la profondeur de la naissance de Jésus.

L’ami très proche des pauvres, de tous ceux qui cherchent, François le fut aussi dans les paroisses où il a été nommé : Le Vieux-Bourg, près de Quintin, Quintin et bien sûr Erquy.

Dans chacune de ces paroisses, François, homme de foi, aimant la vie, partageant les joies et les peines de chacun, écoutant attentivement, fut certainement un artisan, un faiseur de paix.

Madeleine m’a dit, Roger également, qu’après avoir reçu le sacrement des malades, François a souri d’un beau sourire. Il a parlé de ses obsèques avec Madeleine. Mais il s’est aussitôt préoccupé d’offrir à celles et ceux qui l’entouraient, une boisson. Et il a dit aussi ces paroles qui prouvent, s’il en était besoin, sa très grande foi : « Je m’en vais vers la Vie, je m’en vais vers la Joie, vers la Lumière.

Je ne suis pas étonné que Jean-Claude, qui était là également, ait dit : «  François n’a pas l’air d’un mourant  ».

François est parti pacifié. Puissions-nous nous-mêmes connaître cette Paix.

Henri Gicquel

Cher François,

François, maintenant que tu es au seuil de cette nouvelle naissance dans l’Amour et la Lumière, je veux te dire du fond de mon cœur, que tu peux être fier de la vie que tu as menée humblement sur terre. Entièrement tourné vers les autres, à l’écoute de tous, vigilant en termes d’aide et de soutien, tu le faisais simplement, avec la chaleur humaine qui te caractérisait.

Tu étais le conseiller et l’ami de tous, de l’humble ouvrier au chef d’entreprise, des élus de tous bords politiques : de Manu à Jean De Bagneux en passant par le maire de Saint-Gildas.

Nous avons milité ensemble depuis près de 50 ans, à la JAC, au CMR, à la préparation au mariage des fiancés…

Ta nomination au Vieux Bourg, puis à Quintin fut pour nous une grande joie. Tu suivais tous nos combats syndicaux, associatifs, politiques, nous apportant un avis et un soutien éclairés. Et puis toutes ces équipes de réflexion spirituelle qui se sont créées autour de toi, dont la plus féconde fut le groupe de recherche théologique, sous la houlette du Père Lintanf ; sans oublier ces réalisations pratiques, comme la production de pommes de terre pour le Tiers Monde : le curé et le maire de Quintin plantant, sarclant, arrachant côte à côte, contents l’un et l’autre de retrouver leurs racines paysannes…

Le summum de ces actions concrètes fut bien cet accueil des ouvriers turcs, logés à la gare de Quintin, organisé à ton initiative : « nous n’avons jamais rencontré un pays comme Quintin », nous écrivaient-ils, tellement ils furent ravis de cet accueil extraordinaire.

Tu as su aussi apporter ta pierre à la marche de l’Église depuis Jean XXIII et le Concile, agacé par les non-dits, les freins de la curie. Tu t’en vas avec l’énorme satisfaction de voir le Pape François, le Pape des pauvres et des opprimés, bousculer toutes ces pesanteurs pour proclamer haut et fort et dans le monde entier, la nécessité du retour au message de Jésus-Christ, celui de la Bonne Nouvelle, si nous voulons sauver la Planète et les Hommes qui l’habitent…

Je ne peux oublier aussi ton amour de la Terre par tes soins méticuleux dispensés à ton jardin, à la fabrication du cidre dont tu étais si fier, tout cela rattaché à tes racines paysannes.

Voilà François ces quelques mots d’affection profonde que je voulais te dire à la veille d’entrer dans la Lumière et la Paix éternelle….Nous te rejoindrons bientôt : tu nous accueilleras comme tu savais accueillir tous ceux que tu as côtoyés sur cette Terre, jusqu’au clochard qui trouvait refuge dans ton Presbytère.

En attendant, de ce monde mystérieux de Lumière, tu nous inspireras pour le choix et les actes qui nous restent à faire…

Adieu François, Dieu te bénisse !

Ton ami Dédé Trégueux, le lundi 12 Octobre 2015

Ce n’est qu’un Au Revoir

François,

Au nom du CMR des années 1969-1972, nous venons te dire « Au Revoir  ».

Nos chemins se sont croisés et nous avons eu la chance de militer avec toi dans ce mouvement d’Action Catholique, au secteur, à la zone puis au niveau fédéral. La réflexion au CMR nous invitait à porter un regard de Foi sur ce qui se passait dans notre milieu sur le plan familial, professionnel, social, civique, et religieux.

Savoir découvrir et participer à ce qui faisait le lien autour de nous, tel était notre objectif avec en mémoire la question toujours d’actualité « qu’as-tu fait de ton frère ? » Présent dans de nombreuses réunions dans le diocèse, ton souci, dans ces rencontres, était de nous aider à voir et agir dans la mutation du monde rural de l’époque, et nous repartions mieux armés dans nos convictions humaines et chrétiennes.

François, tu étais bien du soir car ces nombreuses réunions finissaient rarement avant minuit. Nous avons lié une très profonde amitié durant 40 ans. Nous ne passerons pas sous silence la joie que nous avions chaque année à nous retrouver avec anciens membres du bureau fédéral.

Nous terminons en pensant à l’histoire du colibri : prendre sa part et apporter sa part là où l’on vit.

Une page vient de se tourner pour toi François. Elle se tourne aussi pour nous car avec ton départ, c’est un peu de nous-mêmes qui s’en va.

Au revoir François et « Merci de tout ce que nous avons vécu et partagé ensemble  ».

Louis Etesse et Michelle Burlot